Rencontre avec Alexia Cassar, fondatrice de The Tétons Tattoo Shop

Publié le : 05/10/2019
Catégories : Rencontre d’exception

Le mois d’octobre est devenu depuis des années, le mois du Rose, le mois de la prévention du cancer du sein. C’est le mois où beaucoup de marques parlent de leur engagement et leur solidarité et où chacun et chacune nous mettons notre pierre à l’édifice pour faire avancer la cause…
Pour débuter ce mois d’octobre en beauté nous avons choisi de vous présenter Alexia Cassar, 42 ans, fondatrice de The Tétons Tattoo Shop.
Nous sommes allées à sa rencontre…



« The tétons tattoo shop, c’est une histoire de rencontres. »

Tout commence par une rencontre avec le cancer puisque la fille d’Alexia, à l’époque âgée de 10 mois, est atteinte d’une leucémie aiguë. Travaillant depuis 15 ans en tant que biologiste dans la recherche du traitement contre le cancer Alexia souhaitait apporter son aide au monde qui l’entoure tout en ayant du temps pour s’occuper de sa fille. Elle décide alors de chercher un métier avec un spectre plus humain, qui lui apporterait un contact direct avec les gens. Puis, hasard de Facebook, elle tombe sur une vidéo du tatoueur américain Vinnie Myers qui exerce à Baltimore et qui est LE tatoueur de tétons iconique aux Etats-Unis.

Etant plus jeune, le rêve d’Alexia, passionnée par les animaux, était comme beaucoup de petites filles celui de devenir vétérinaire ou bien d'élever des chevaux. Puis les études de biologie ont pris le dessus et elle a commencé à étudier la neurobiologie qui l’a menée dans l’industrie des médicaments contre le cancer. Une passion immédiate.
Intriguée par le développement et la résistance du cancer, elle décide par la suite de se spécialiser en cancérologie à l’université. Parallèlement à cela, Alexia a toujours été passionnée par le dessin et n’a jamais cessé de le pratiquer en tant que loisir personnel. Pour bien tatouer il faut avant tout savoir dessiner et Alexia comprend que son parcours scientifique et que ses qualités artistiques vont pouvoir enfin se rejoindre, ce fût le déclic.

« C’est devenu comme une évidence : la rencontre entre mon histoire de biologiste, mon histoire avec le cancer et mes compétences un peu cachées pour le dessin… »

Alexia décide de se renseigner sur le métier de tatoueur de tétons qu’elle connaissait des États-Unis en étant persuadée que cela existait en France. Elle tombe des nues lorsqu’elle apprend que ce métier n’y est pas développé. Cette technique est alors pratiquée par quelques tatoueurs mais de manière totalement anarchique. Seule la technique de dermo pigmentation réparatrice (ou tatouage médical) est alors utilisée à l’hôpital sous le contrôle médical ou paramédical. Tout était alors à créer.

Elle décide rapidement de tout lâcher et d’avancer dans ce domaine !
Les rencontres avec les médecins se sont enchaînées afin de trouver qui pourrait lui venir en aide et croire en son projet. Jusqu’au jour où elle rencontre, à l’Institut Gustave Roussy, un chirurgien « d’une autre sensibilité, quelqu’un de très humain et très conscient de la souffrance de ses patientes ».

Un humain et à la fois grand professionnel de chirurgie réparatrice qui, touché par les idées d’Alexia, imagine qu’elle peut restaurer ce que eux n’arrivent pas à restaurer en tant que chirurgien.

« Le métier de tatoueur est un vrai métier d’art qui s’apprend avec un Maître ».
C’est ce que nous explique Alexia. Le maître tatoueur enseigne la technique mais aussi les fondamentaux : de l’accueil d’un client à comment évaluer une peau en passant par le dessin ou comment dessiner sur la peau et bien entendu les gestes hygiéniques à adopter. Le tatouage s’apprend avec un Maitre car il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte et à connaître pour ne pas brutaliser la peau. Créer un dessin définitif sur la peau implique beaucoup de responsabilité. Tous les paramètres sont à prendre en compte avec beaucoup de sérieux avant de tatouer : la couleur de la peau, son état, le type de peau, si la peau est opérée, irradiée, si elle a subi une chimiothérapie…

Le tatouage c’est à vie, mais lorsque l’on tatoue la peau d’une personne ayant été malade le sujet est d’autant plus délicat à aborder, c’est une prise en charge psychologique et humaine du client. Le tatouage transmet un message, une culture mais surtout beaucoup d’émotions.
Tatouer une personne blessée c’est tatouer une personne fragilisée dont il faut comprendre l’histoire pour l’aider et l’accompagner au mieux dans sa reconstruction.

"On ne peut pas tatouer ce qu’on ne sait pas dessiner. »

Sans formation spécifique il est très compliqué de comprendre le cheminement de la reconstruction mammaire. La peau d’un sein reconstruit peut être celle d’une cuisse ou d’un dos, des parties du corps que l’on ne tatoue pas de la même façon. On ne tatoue pas non plus au même moment en fonction de l’évolution de la cicatrisation. Le client doit être entre les mains d’une personne formée et consciente de son histoire propre pour se reconstruire efficacement.

Ce terme de « client » est très important pour Alexia qui ne souhaite pas parler de patient afin de « ne pas ajouter une dimension médicale à un geste qui n’en est pas un ». Tatouer un téton c’est toucher à l’histoire d’une femme ou d’un homme qu’il faut prendre en considération et en déterminer le geste.

Certaine de sa volonté à avancer dans son projet, Alexia décide de partir aux Etats-Unis où elle tatoue pour la première fois les tétons d’une femme. Alexia est terrorisée sous les premiers coups d’aiguilles mais se voit alors rassurée par la confiance ultime que lui offre la cliente avec son sourire.

« Sa confiance a fait ma force ».

Les « rencontres » sont vraiment comme un fil conducteur pour Alexia puisqu’elles se multiplient au cours de son chemin.

Particulièrement engagée dans le respect et le bien-être des tatoués et des « blessés » dont il faut prendre soin, Alexia Cassar fait partie du syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT) qui cherche à éviter les malversations, les mauvaises applications, les tatoueurs qui prennent le métier à la légère sans prendre en compte la fragilité de la peau des clients. Au grand désarroi d’Alexia un tatoueur peut exercer ce métier dès lors qu’il a obtenu une formation du respect de l’hygiène et qu’il exerce dans des locaux normés.

« Des réglementations qui sont beaucoup trop légères et insuffisantes. »

Un tatoueur adhérent au SNAT a une démarche de qualité, il veut faire partie d’un groupe et celui-ci, en l’occurrence, a cette compétence à donner des conseils, une charte, des pratiques, des informations pertinentes sur les produits…

Le tatouage de tétons est une alternative réparatrice qui n’est pas toujours évoquée ou proposée dans les hôpitaux. C’est un acte qui n’est pas remboursée puisqu’il n’est pas considéré comme un geste médical.

The Tétons Tattoo Shop tatoue de manière totalement définitive et non semi-permanente les mamelons des femmes ayant été atteintes du cancer du sein afin de les reconstruire physiquement et psychologiquement.
Le but étant de reconstruire les femmes jusqu’au bout du téton! Afin qu’elles retrouvent une féminité, une intimité et de la confiance en soit, essentielle pour se reconstruire et se sentir bien dans sa peau. Une femme reconstruite doit se sentir belle et accomplie.

 

« Ce n’est pas un métier rentable, c’est un engagement. »

La beauté pour Alexia, c’est quoi finalement?

« La beauté c’est celle que l’on voit dans son miroir et non pas celle que l’on renvoi à la société. C’est cette petite étincelle qui pétille, cette capacité à se regarder avec bienveillance et à se dire que ce sont nos cicatrices qui font notre différence. Je mets de l’amour dans mes tatouages et c’est un acte d’amour de recevoir ces femmes chez moi pour leur donner le meilleur de moi-même et comprendre leur parcours. C’est un échange de confiance qui me donne envie de m’investir un peu plus chaque jour. Une accumulation de cadeaux de rencontres. »

C’est sur ces magnifiques mots que nous quittons Alexia Cassar. Merci à toi pour cet échange qui fut à la fois profond, touchant et instructif.

Le Beauty Lab